# Quel salaire espérer quand on décide de vendre sur les marchés ?
Le commerce ambulant représente aujourd’hui une alternative professionnelle séduisante pour ceux qui aspirent à l’indépendance tout en conservant un contact direct avec leur clientèle. Pourtant, la question de la rémunération reste souvent floue pour les personnes qui envisagent de se lancer dans cette aventure entrepreneuriale. Entre les revenus variables selon les emplacements, les charges d’exploitation importantes et la saisonnalité marquée, évaluer précisément le salaire potentiel d’un commerçant sur les marchés nécessite une analyse approfondie. Cette réalité économique mérite d’être examinée sous tous ses aspects pour vous permettre de construire un projet viable et rentable. Les chiffres varient considérablement selon le secteur d’activité choisi, l’expérience accumulée et la stratégie commerciale déployée sur le terrain.
Revenus moyens des vendeurs ambulants : données chiffrées par secteur d’activité
La rémunération des commerçants non sédentaires présente une variabilité importante selon le type de produits commercialisés. Les statistiques nationales établissent un salaire médian autour de 1 750 euros mensuels, avec des écarts significatifs entre débutants et professionnels expérimentés. Le spectre de rémunération s’étend du SMIC pour les nouveaux entrants jusqu’à plus de 2 000 euros par mois pour les commerçants établis disposant d’une clientèle fidèle et d’emplacements stratégiques. Ces montants correspondent au revenu net après déduction des charges sociales et des frais d’exploitation, mais avant impôts sur le revenu. Le taux horaire se situe généralement entre 11 et 14 euros, reflétant l’investissement en temps nécessaire pour la préparation, l’installation et la vente proprement dite.
Chiffre d’affaires mensuel des primeurs et maraîchers sur marchés forains
Les vendeurs de fruits et légumes constituent l’une des catégories les plus représentées sur les marchés. Un primeur débutant peut espérer générer un chiffre d’affaires compris entre 3 000 et 5 000 euros mensuels durant les premiers mois d’activité. Cette performance dépend étroitement de la qualité des produits proposés, de leur fraîcheur et de la capacité à négocier avec les grossistes ou directement auprès des producteurs. Les maraîchers en vente directe, qui cultivent eux-mêmes leurs produits, bénéficient généralement de marges supérieures, pouvant atteindre 60 à 70% sur certains articles, contre 30 à 40% pour les revendeurs traditionnels. La saisonnalité impacte fortement ce secteur, avec des périodes creuses en hiver et des pics d’activité de mai à septembre.
Rémunération des vendeurs de vêtements et textiles en circuits courts
Le secteur du textile sur les marchés présente des caractéristiques économiques particulières. Les revenus mensuels oscillent généralement entre 1 300 et 2 000 euros nets selon l’ancienneté et la qualité de l’emplacement. La concurrence accrue dans ce domaine, combinée aux variations de la météo qui influencent directement les achats, rend ce secteur plus incertain que l’alimentaire. Les marges commerciales sur les vêtements varient de 100% à 200% du prix d’achat en gros, permettant théoriquement une rentabilité intéressante. Toutefois, les invendus constituent un risque important, particulièrement lors des changements de saison. Les commerçants qui diversifient leur offre avec des accessoires, de
accessoires, de la petite maroquinerie ou des articles de saison (bonnets, écharpes, lunettes de soleil…), parviennent à lisser leur chiffre d’affaires sur l’année. Sur un stand bien positionné dans un marché urbain dynamique, un vendeur de vêtements confirmé peut atteindre 6 000 à 8 000 euros de chiffre d’affaires mensuel, pour un revenu net avoisinant 1 800 à 2 200 euros après déduction des charges et des invendus amortis sur la saison.
Marges bénéficiaires des commerçants en produits artisanaux et créations
Les créateurs et artisans (bijoux faits main, décoration, poterie, bougies, accessoires en cuir, etc.) disposent souvent de marges unitaires très élevées, parfois supérieures à 300 %. Un bracelet acheté 5 euros en matières premières peut ainsi être vendu 20 à 25 euros sur un marché artisanal. Toutefois, le volume de ventes reste généralement plus faible que dans l’alimentaire ou le textile, ce qui limite le chiffre d’affaires global. Sur un rythme de 2 à 3 marchés par semaine, un artisan confirmé peut générer entre 2 500 et 5 000 euros de chiffre d’affaires mensuel, pour un revenu net compris entre 1 400 et 2 000 euros selon sa structure de charges.
Dans ce type d’activité, la notoriété joue un rôle déterminant : plus vous construisez une identité de marque et une clientèle fidèle, plus vous pouvez vous permettre d’augmenter vos prix. La participation à des événements ciblés (marchés de créateurs, salons, fêtes médiévales, festivals) permet souvent de réaliser des pics de ventes importants, un peu comme un restaurateur qui fait son chiffre de la semaine sur un seul service complet. L’enjeu est alors de bien planifier sa production et ses stocks pour ces périodes fortes, tout en maîtrisant le temps de fabrication.
Rentabilité des stands alimentaires : rôtisserie, fromage et charcuterie
Les stands alimentaires spécialisés (rôtisserie, fromagerie, charcuterie, traiteur, olives, produits méditerranéens, etc.) figurent parmi les plus rentables sur les marchés forains. Ils combinent un panier moyen plus élevé que pour les fruits et légumes et une clientèle très fidèle, qui revient chaque semaine. Un rôtisseur installé sur plusieurs marchés hebdomadaires peut atteindre 10 000 à 20 000 euros de chiffre d’affaires mensuel en haute saison, avec des marges brutes oscillant entre 45 et 60 % selon le coût de la matière première et la gestion des pertes.
Pour une fromagerie ou une charcuterie ambulante, le chiffre d’affaires mensuel se situe fréquemment entre 8 000 et 15 000 euros, pour un revenu net compris entre 2 000 et 3 000 euros lorsque l’activité est bien rodée. La contrepartie ? Des investissements de départ plus élevés (vitrines réfrigérées, camion magasin, conformité sanitaire stricte) et une logistique exigeante. Comme pour un food truck, la réussite repose sur un équilibre subtil entre prix de vente, rotation des produits et maîtrise des invendus, un peu comme un chef qui doit ajuster sa carte en fonction de la demande réelle et non de ses seules envies.
Structure des charges et coûts d’exploitation d’un commerce itinérant
Avant de parler de « salaire », il est indispensable de comprendre comment se structurent les charges d’un commerce ambulant. Le chiffre d’affaires encaissé sur les marchés ne correspond jamais au revenu disponible : une partie significative est absorbée par les coûts d’exploitation, les cotisations sociales et les frais de déplacement. En moyenne, un commerçant non sédentaire doit s’attendre à voir 40 à 60 % de son chiffre d’affaires partir en charges diverses, selon son secteur et son statut juridique. C’est cette structure qui fera la différence entre une activité rentable et un projet qui peine à se rémunérer correctement.
Droit de place et emplacement : tarification selon les communes et fréquentation
Le droit de place représente l’un des premiers postes de dépenses spécifiques au commerce sur les marchés. Son montant varie fortement d’une commune à l’autre et selon la notoriété du marché. Dans un petit bourg rural, vous pouvez vous acquitter de quelques euros par jour et par mètre linéaire ; dans un marché urbain réputé ou en bord de mer l’été, la facture peut grimper à 20, 30 voire plus de 50 euros la matinée pour un emplacement de bonne taille. À cela s’ajoutent parfois des frais de branchement électrique ou d’accès à l’eau.
Sur une base de 4 à 5 marchés hebdomadaires, un commerçant ambulant peut ainsi dépenser de 200 à 800 euros par mois en droits de place. Ce coût doit être mis en regard de la fréquentation : un emplacement cher mais très rentable peut générer un revenu horaire bien supérieur à un marché bon marché mais déserté. L’objectif, pour vous, est de calculer le ratio chiffre d’affaires / coût d’emplacement sur chaque marché, comme on analyserait la rentabilité au mètre carré d’une boutique physique. Cette approche chiffrée évite de rester par habitude sur des marchés peu performants.
Investissement initial : véhicule utilitaire, stand pliable et matériel frigorifique
L’investissement de départ pour vendre sur les marchés dépend du type de produits vendus et du degré de confort recherché. Pour une activité simple de textile ou de bazar, un utilitaire d’occasion (8 000 à 15 000 euros), quelques tables pliantes, des portants et un barnum suffisent souvent. À l’inverse, pour de l’alimentaire frais (fromage, charcuterie, plats cuisinés, poisson, etc.), il faudra compter sur un camion magasin ou une remorque équipée, avec vitrines réfrigérées et groupe froid, dont le coût peut aller de 25 000 à plus de 80 000 euros selon l’équipement et l’état.
À cet investissement matériel s’ajoutent souvent des dépenses en aménagement (enseigne, éclairage, décoration du stand), caisse enregistreuse ou logiciel de facturation, terminal de paiement électronique et petit matériel (balances homologuées, emballages, contenants). On peut estimer qu’un projet sérieux de commerce ambulant nécessite un capital de départ compris entre 10 000 et 60 000 euros dans la majorité des cas. Ce montant peut être financé par apport personnel, prêt bancaire, location avec option d’achat ou crédit-bail, ce qui impliquera bien sûr des mensualités à intégrer dans votre calcul de revenu net.
Cotisations sociales des commerçants non sédentaires et régime RSI
Les cotisations sociales représentent une part significative des charges d’un commerçant ambulant, qu’il soit en micro-entreprise ou en entreprise individuelle classique. Depuis la réforme de la protection sociale des indépendants, l’ancien RSI a été intégré au régime général, mais le principe reste le même : vos cotisations financent votre protection maladie, retraite et prestations familiales. En régime réel, on estime que ces prélèvements représentent autour de 35 à 45 % du revenu professionnel, avec un système d’acomptes provisionnels et de régularisation a posteriori.
En micro-entreprise, le fonctionnement est plus simple : vous payez un pourcentage de votre chiffre d’affaires (autour de 12,3 % pour la vente de marchandises en 2024, hors contribution formation). C’est facile à gérer, mais cela signifie aussi que, même si vos marges sont faibles ou vos charges élevées, les cotisations restent dues sur chaque euro encaissé. Il est donc crucial d’anticiper ces montants et de les mettre de côté au fur et à mesure, sous peine de voir son « salaire » fondre au moment des déclarations trimestrielles ou mensuelles.
Coûts variables : approvisionnement, carburant et assurance RC professionnelle
Les coûts variables sont ceux qui augmentent avec votre niveau d’activité. L’approvisionnement en marchandises (ou en matières premières pour les artisans) en est évidemment le principal poste. Dans l’alimentaire, le coût d’achat représente souvent 40 à 60 % du prix de vente final ; dans le textile importé, il peut tomber à 20 ou 30 %, mais avec un risque plus fort d’invendus. À ces achats s’ajoutent le carburant (trajets domicile–marché et circuits de ravitaillement), l’entretien du véhicule, les péages éventuels, ainsi que les frais de stationnement hors marchés.
Vous devrez également souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle pour couvrir les dommages causés à des tiers (client qui chute sur votre étal, intoxication alimentaire, etc.), ainsi que, souvent, une assurance spécifique pour le véhicule magasin et le matériel. Selon l’activité et l’étendue des garanties, ce budget peut aller de 300 à plus de 1 000 euros par an. Au quotidien, ces coûts variables agissent comme un « compteur » qui tourne dès que vous démarrez votre camion : plus vous vendez, mieux ils sont absorbés, mais ils réduisent mécaniquement la part du chiffre d’affaires qui se transforme en revenu réel.
Statuts juridiques et régimes fiscaux pour optimiser sa rémunération
Le choix du statut juridique et du régime fiscal influence directement le revenu net que vous pourrez tirer de votre activité sur les marchés. Il détermine la manière dont sont calculées vos cotisations sociales, vos impôts, ainsi que les possibilités de déduction de vos dépenses professionnelles. Adopter un statut inadapté, c’est un peu comme choisir la mauvaise remorque pour votre activité : vous avancerez, mais avec un frein permanent sur votre rentabilité. Mieux vaut donc prendre le temps de comparer les options avant de se lancer.
Micro-entreprise versus entreprise individuelle : seuils de TVA et charges sociales
La micro-entreprise (anciennement auto-entreprise) séduit de nombreux vendeurs sur les marchés pour sa simplicité. Vous déclarez votre chiffre d’affaires, l’URSSAF calcule vos cotisations au pourcentage, et vous n’avez pas de comptabilité complexe à tenir. Ce statut est particulièrement adapté si vous débutez, testez un concept ou visez un complément de revenu plutôt qu’un salaire à temps plein. En revanche, vous êtes soumis à des seuils de chiffre d’affaires (188 700 euros pour les activités de vente en 2024) et vous ne pouvez pas déduire vos frais réels : tout est calculé sur votre chiffre d’affaires brut.
L’entreprise individuelle au régime réel (ou l’EURL / SASU) devient souvent plus intéressante dès que votre activité grandit, que vos investissements sont importants et que vos charges représentent une part significative du chiffre d’affaires. Vous facturez alors la TVA (au-delà des seuils de franchise), ce qui vous permet de la récupérer sur vos achats de marchandises, votre véhicule ou votre matériel frigorifique. Vos cotisations sociales sont calculées sur votre bénéfice réel et non sur votre chiffre d’affaires, ce qui peut, dans certains cas, améliorer considérablement votre revenu net. La contrepartie est une gestion administrative plus lourde, souvent avec l’aide d’un expert-comptable.
Carte de commerçant ambulant et obligations déclaratives auprès de la CCI
Pour exercer légalement en tant que commerçant non sédentaire, vous devez obtenir une carte de commerçant ambulant. Cette carte, valable plusieurs années, s’obtient auprès du Centre de Formalités des Entreprises (CFE) de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) ou de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) selon votre activité. Elle atteste que vous êtes bien déclaré en tant que professionnel et vous sera systématiquement demandée lors de l’attribution d’emplacements sur les marchés, foires et manifestations.
La demande de carte s’effectue généralement en même temps que la création de votre entreprise. Vous devrez fournir différentes pièces (justificatif d’identité, extrait d’immatriculation, photo, etc.) et vous acquitter de frais administratifs modestes. En parallèle, certaines communes exigent une inscription sur une liste d’attente pour accéder aux meilleurs emplacements, voire la signature d’un règlement spécifique du marché. Prendre en compte ces obligations dès la phase de projet vous évite des mauvaises surprises au moment de démarrer votre activité sur le terrain.
Abattement forfaitaire et déduction des frais réels en BIC
Les revenus des commerçants ambulants relèvent en général de la catégorie des BIC (bénéfices industriels et commerciaux). En micro-entreprise, l’administration applique automatiquement un abattement forfaitaire (71 % pour les activités d’achat-revente de marchandises) pour calculer votre revenu imposable, sans que vous ayez à justifier vos dépenses. C’est simple, mais ce forfait peut se révéler défavorable si vos charges réelles dépassent ce pourcentage, par exemple lorsque vous devez rembourser un camion magasin coûteux ou que vos droits de place sont élevés.
Au régime réel, vous pouvez déduire vos frais réels : carburant, achats de marchandises, amortissement du véhicule, assurance, matériel, etc. Cela demande de conserver toutes vos factures et de tenir une comptabilité rigoureuse, mais vous permet de refléter fidèlement la rentabilité de votre activité. C’est un peu comme choisir entre un forfait mobile « tout compris » et une offre sur mesure : le premier est pratique pour commencer, le second devient plus avantageux dès que votre usage se complexifie. Un rendez-vous avec un comptable ou un conseiller en création d’entreprise peut vous aider à simuler plusieurs scénarios selon votre projet.
Facteurs déterminants la rentabilité d’un emplacement sur marché
Au-delà des chiffres globaux, la rentabilité d’un commerçant ambulant se joue souvent sur un paramètre clé : la qualité de ses emplacements. Un bon marché, c’est un peu comme un « centre commercial à ciel ouvert » où chaque mètre linéaire a une valeur différente. Vous pouvez vendre le même produit, au même prix, avec la même énergie, et obtenir des résultats radicalement différents selon la localisation, la fréquentation et le profil des clients. Comprendre ces facteurs vous aidera à sélectionner les marchés les plus porteurs et à optimiser votre planning hebdomadaire.
Fréquentation et pouvoir d’achat : marchés urbains versus ruraux
Les marchés urbains, situés dans des villes moyennes ou grandes, offrent généralement une fréquentation plus importante et un panier moyen parfois plus élevé, notamment dans les quartiers aisés. Ils attirent une clientèle régulière, pressée mais disposée à payer un peu plus cher pour la qualité, l’originalité ou le service. À l’inverse, les marchés ruraux ou de petites communes présentent souvent un pouvoir d’achat plus restreint, mais aussi une concurrence moindre et des coûts d’emplacement réduits. Votre stratégie de prix et de gamme devra donc s’adapter à chaque contexte.
Pour évaluer le potentiel d’un marché, ne vous fiez pas uniquement au nombre de stands : observez le flux réel de passants, l’ambiance, la présence de commerces de bouche réputés qui tirent la fréquentation, et discutez avec les commerçants déjà installés. Un marché rural animé le dimanche matin, avec une clientèle fidèle, peut générer un excellent revenu complémentaire, tandis qu’un marché de quartier mal situé en ville peut s’avérer décevant malgré le nombre d’habitants. Poser ces diagnostics dès le départ vous fera gagner du temps et de l’argent.
Rotation hebdomadaire : stratégie multi-marchés et optimisation du planning
La plupart des commerçants ambulants adoptent une stratégie multi-marchés : un marché le mardi dans une ville A, le mercredi dans une ville B, le samedi dans une grande agglomération, etc. L’objectif est de construire un planning hebdomadaire cohérent, équilibrant journées « fortes » et marchés plus tranquilles, tout en limitant les temps de trajet. Une bonne rotation permet de diversifier la clientèle, de répartir les risques (mauvais temps, baisse de fréquentation ponctuelle) et de maximiser le chiffre d’affaires global sur le mois.
Concrètement, vous pouvez viser 3 à 6 marchés hebdomadaires selon votre énergie, votre secteur et votre organisation. Certains commerçants cumulent marchés matinaux et événements ponctuels l’après-midi (livraisons à domicile, tournées sur parkings d’entreprises, ventes à la ferme), ce qui augmente encore le revenu potentiel. La clé réside dans la planification : tenir un tableau de bord de vos résultats par marché, semaine après semaine, vous aidera à ajuster votre planning, à abandonner les emplacements non rentables et à vous positionner sur de nouvelles opportunités.
Saisonnalité et périodes de forte affluence : estivants et marchés de noël
La vente sur les marchés est fortement marquée par la saisonnalité. En été, les stations balnéaires et les zones touristiques voient affluer des milliers d’estivants, ce qui peut multiplier par deux ou trois le chiffre d’affaires habituel, notamment pour les stands alimentaires, les glaces, les produits régionaux et les créations artisanales. De nombreux commerçants organisent ainsi une « tournée d’été » spécifique, parfois loin de leur base habituelle, pour capter cette clientèle de passage au fort pouvoir d’achat.
L’hiver, les marchés de Noël, foires gourmandes et événements de fin d’année offrent également des opportunités de forte affluence, en particulier pour les produits festifs (foie gras, charcuterie fine, fromages, chocolats, artisanat, idées cadeaux). À l’inverse, certaines périodes (janvier-février, début mars) peuvent être très calmes, avec un impact direct sur le revenu mensuel. Anticiper cette saisonnalité en constituant une trésorerie de sécurité, en adaptant votre gamme (produits d’hiver, paniers gourmands, promotions) et, le cas échéant, en complétant vos revenus par d’autres canaux devient essentiel pour lisser votre rémunération sur l’année.
Évolution du revenu selon l’ancienneté et la stratégie commerciale
Le salaire d’un vendeur sur les marchés n’est pas figé : il évolue généralement à la hausse avec l’expérience, la maîtrise du métier et l’optimisation progressive de l’activité. Comme pour tout projet entrepreneurial, les premières années constituent une phase d’investissement, d’apprentissage et d’ajustements. Puis, à mesure que les bons choix d’emplacements, de produits et de stratégies commerciales se confirment, le revenu se stabilise et peut devenir très confortable. Comment se déroule concrètement cette progression ?
Courbe d’apprentissage : progression du CA durant les trois premières années
La plupart des commerçants ambulants constatent une courbe d’apprentissage marquée durant les trois premières années. La première année est souvent consacrée à tester différents marchés, ajuster les prix, comprendre les attentes de la clientèle et affiner la logistique (stock, installation, approvisionnement). Le chiffre d’affaires peut sembler modeste, avec parfois un revenu proche du SMIC, car une partie importante des bénéfices est réinvestie dans le matériel ou absorbée par les erreurs de jeunesse (mauvais marchés, surstocks, invendus).
La deuxième année, vous capitalisez sur cette expérience : vous gardez les marchés rentables, abandonnez les moins performants, améliorez votre présentation, votre argumentaire de vente et votre gestion des stocks. Le chiffre d’affaires progresse, souvent de 20 à 40 %, et le revenu net suit la même tendance. À partir de la troisième année, si la stratégie est cohérente, le modèle devient plus prévisible : la clientèle est installée, les emplacements sont sécurisés, et votre rémunération peut atteindre ou dépasser les 1 800 à 2 500 euros nets mensuels selon votre secteur d’activité et votre volume de travail.
Fidélisation client et développement d’une clientèle régulière captive
La fidélisation client constitue l’un des leviers les plus puissants pour augmenter durablement votre revenu sur les marchés. Un client satisfait, qui vous retrouve chaque semaine au même emplacement, finit par intégrer votre stand à sa routine d’achats. Il achète plus, plus souvent, et recommande votre commerce à son entourage. Construire cette relation de confiance demande du temps, de la régularité et un sens du service : se souvenir des préférences, proposer de nouveaux produits, offrir un geste commercial lorsque c’est pertinent, maintenir une qualité constante.
Au fil du temps, cette clientèle régulière devient votre véritable « capital ». Elle vous permet de mieux prévoir votre chiffre d’affaires, de tester des nouveautés en toute sérénité et de traverser plus facilement les périodes creuses. Certains commerçants vont plus loin en mettant en place des systèmes de cartes de fidélité, de commandes anticipées pour les fêtes ou de livraisons à domicile pour leurs meilleurs clients. Là encore, l’impact sur le revenu est réel : un portefeuille de clients « captifs » assure une base de ventes minimale chaque semaine, à partir de laquelle vous pouvez développer d’autres opportunités.
Diversification des canaux : vente directe à la ferme et e-commerce complémentaire
De plus en plus de vendeurs sur les marchés choisissent de diversifier leurs canaux de vente pour sécuriser et augmenter leur revenu. Les producteurs agricoles combinent par exemple marchés, vente directe à la ferme, paniers hebdomadaires en AMAP ou circuits courts, tandis que les artisans et créateurs ouvrent une boutique en ligne ou utilisent des plateformes spécialisées pour vendre leurs produits entre deux marchés. Cette combinaison permet de lisser la saisonnalité et de toucher une clientèle plus large, au-delà du simple flux de passants du marché.
Cette stratégie présente toutefois des défis : gestion des stocks en temps réel entre plusieurs canaux, logistique de préparation et d’expédition des commandes, communication digitale, service après-vente. Mais, bien maîtrisée, elle peut transformer votre activité de commerce ambulant en véritable petite entreprise multicanale. Votre salaire d’ambulant n’est alors plus dépendant d’un seul facteur (la météo du samedi matin, par exemple), mais réparti sur plusieurs sources de revenus complémentaires, ce qui augmente à la fois votre stabilité financière et votre capacité à investir dans de nouveaux projets.
Témoignages et études de cas réels de commerçants ambulants
Pour mieux visualiser ce que peut être le revenu d’un vendeur sur les marchés au quotidien, rien ne vaut des exemples concrets. Les parcours diffèrent, mais on retrouve souvent les mêmes ressorts : débuts modestes, persévérance sur le terrain, choix judicieux d’emplacements et diversification progressive. Voici quelques études de cas représentatives des réalités du métier.
Paul, 32 ans, a démarré comme primeur itinérant après plusieurs années comme salarié en grande distribution. La première année, avec trois marchés par semaine, il dégageait environ 1 200 euros nets par mois, le temps d’apprendre à gérer ses achats et à se faire une clientèle. Aujourd’hui, cinq ans plus tard, il est présent sur cinq marchés hebdomadaires, réalise entre 12 000 et 14 000 euros de chiffre d’affaires mensuel en haute saison et se verse un revenu net d’environ 2 300 euros, tout en ayant remboursé son camion. Son secret ? Une qualité de produit irréprochable et un relationnel client très travaillé.
De son côté, Samira, 45 ans, vend des vêtements et accessoires féminins sur les marchés d’une grande agglomération. Après un passage difficile dans le prêt-à-porter en boutique, elle a choisi le commerce ambulant pour réduire ses charges fixes. Les deux premières années, son revenu oscillait entre 1 300 et 1 600 euros nets, avec des mois très forts lors des soldes et de l’été. En misant sur une gamme plus ciblée (grandes tailles, styles colorés difficiles à trouver en magasin) et en lançant une page de vente en ligne relayant ses arrivages, elle atteint aujourd’hui un revenu moyen proche de 2 000 euros nets, avec des pointes au-delà pendant les périodes phares.
Enfin, Julien et Claire, un couple de trentenaires, ont monté une rôtisserie ambulante et un stand de plats cuisinés qu’ils installent sur quatre marchés hebdomadaires, plus quelques événements (fêtes de village, marchés nocturnes). Après un investissement lourd dans un camion tout équipé, leurs premières années ont été serrées financièrement. Mais grâce à un emplacement fixe très porteur le week-end et à une offre de poulets fermiers et accompagnements « faits maison », ils ont rapidement fidélisé une clientèle importante. Aujourd’hui, leur chiffre d’affaires mensuel se situe entre 18 000 et 22 000 euros selon la saison, et chacun se verse l’équivalent de 2 500 à 3 000 euros nets par mois, en plus de développer un service de commandes spéciales pour les événements.
Ces témoignages montrent que le salaire d’un commerçant ambulant n’est ni garanti ni plafonné : il dépend de vos choix stratégiques, de votre capacité d’adaptation et de l’énergie que vous êtes prêt à consacrer à votre projet. En maîtrisant vos charges, en sélectionnant rigoureusement vos emplacements et en cultivant votre clientèle, vendre sur les marchés peut devenir bien plus qu’un simple « petit métier » : une véritable activité professionnelle rentable et épanouissante.